Lorsqu'un salarié commet une faute ou cause un dommage à un tiers dans l'exercice de ses fonctions, la question de la prise en charge financière des réparations se pose immédiatement. Le droit civil marocain protège les victimes en instaurant un régime de responsabilité du fait d'autrui à l'égard des employeurs.
Oui, au Maroc, l'employeur est pleinement **responsable sur le plan civil des dommages causés par son salarié**, conformément à **l'article 85 du Dahir des Obligations et des Contrats (D.O.C.)**. Cette responsabilité des commettants repose sur une présomption légale : l'employeur répond des fautes de son préposé dès lors que le dommage a été causé **pendant le temps du service ou dans l'exercice des fonctions** pour lesquelles il est employé. La victime n'a pas à prouver une faute personnelle de l'employeur (comme un défaut de surveillance). Pour s'exonérer, l'employeur doit démontrer que le salarié a agi totalement hors du cadre de ses fonctions, sans autorisation, et à des fins strictement personnelles.
Pour que la victime puisse valablement se retourner contre l'entreprise ou l'employeur individuel, trois critères cumulatifs doivent être réunis :
• Un lien de subordination : Il doit exister un contrat de travail (écrit ou verbal) ou un rapport de fait conférant à l'employeur le pouvoir de donner des ordres et des instructions au préposé.
• Un acte dommageable (faute) : Le salarié doit avoir commis une faute civile délictuelle ou quasi-délictuelle (imprudence, négligence, erreur technique, accident de service) ayant causé un préjudice direct.
• L'exercice des fonctions : Le fait dommageable doit s'être produit pendant les heures de travail, sur le lieu de travail ou en utilisant les outils de l'entreprise (ex: véhicule de fonction commerciale).
Le régime de l'article 85 du D.O.C. est particulièrement rigoureux pour les chefs d'entreprise au Maroc :
• Indemnisation intégrale : C'est la société ou son assurance responsabilité civile (RC professionnelle) qui prend en charge les dommages-intérêts financiers dus à la victime.
• L'abus de fonctions (limite de responsabilité) : L'employeur peut échapper à cette responsabilité s'il prouve un véritable bris de lien. C'est le cas si le salarié a agi à l'insu de son employeur, en dehors de son temps de service et pour un intérêt purement privé, étranger aux missions de l'entreprise.
Si l'employeur paie les pots cassés vis-à-vis des tiers, la législation lui réserve des droits de recours internes :
• Action récursoire : L'employeur qui a indemnisé la victime peut, théoriquement, se retourner contre son salarié pour exiger le remboursement s'il est prouvé que ce dernier a commis une faute lourde ou intentionnelle.
• Limites du Code du travail : Les retenues sur salaire ou les sanctions pécuniaires directes étant strictement encadrées ou interdites au Maroc, ce recours doit obligatoirement faire l'objet d'une action en justice distincte.
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